Depuis pas loin d’un siècle qu’une baderne autrichienne obsédée s’est mise en tête qu’Oedipe voulait sauter sa mère, la psychanalyse a connu sous nos climats le même engouement que les bains de mer ou le pari mutuel urbain.

On a beau savoir pertinemment que la méthode d’investigation psychomerdique élucubrée par le pauvre Sigmund n’est pas plus une science exacte que la méthode du professeur Comédon pour perdre trente kilos par semaine tout en mangeant du cassoulet, ça ne fait rien, la psychanalyse, c’est comme la gauche ou la jupe à mi-cuisse, c’est ce qui se fait maintenant chez les gens de goût.

Ce scepticisme à l’égard de la psychanalyse, mais aussi de la psychologie et de la psychiatrie qui s’y réfèrent de plus en plus, me vient, selon mes docteurs, des données de base primaires d’un caractère brutal et non émotif qui me pousse à manger le pilon du poulet avec les doigts ou à chanter l’ouverture de Tannhauser dans les moments orgasmiques.

Voici une histoire vécue, où le prestige des psy en prend plein le subconscient. Ma copine Betty Sartou, mère de famille à ses moments pas perdus pour tout le monde, a connu le malheur d’accoucher d’une espèce de surdoué qui s’appelle Grégoire, comme les moins cons des papes, mais c’est une coïncidence. A cinq ans et demi, ce monstre donnait des signes alarmants d’anormalité. Notamment, il préférait Haendel à Chantal Goya, il émettait des réserves sur la politique extérieure du Guatemala et, surtout, il savait lire malgré les techniques de pointe en vigueur à l’Éducation nationale.

Devant ce désastre, la maman et la maîtresse d’école estimèrent d’un commun accord que Grégoire était un mauvais exemple pour ses collègues de la maternelle, et qu’il serait bienséant de le jeter prématurément dans le cours préparatoire. Oui, mais à condition, dit l’Éducation nationale, que Grégoire subisse de la part d’un psychologue, par nous choisi, les tests en vigueur en pareille occasion. Au jour dit, mon amie Betty et son super minus se présentent au cabinet du psy, en l’occurrence une jeunesse binoclée de type " Touche pas à mon diplôme ". On prie la maman de rester dans la salle d’attente. Vingt-cinq minutes plus tard, la psychologue dont le front bouillonnant se barre d’un pli soucieux libère le gamin et accueille la mère.

 Votre fils Grégoire peut sauter une classe. Il en a la maturité. Il a parfaitement réussi les tests de latéralisation (en gros, cela signifie que si on lui présente une cuillère, il aura tendance à l’attraper plutôt avec sa main droite qu’avec son pied gauche). Malheureusement, je ne vous cacherai pas qu’il semble souffrir de troubles affectifs probablement dus à… un mauvais climat familial. Voyez le dessin qu’il vient de réaliser. Je lui avais demandé de dessiner papa et maman. C’est assez clair, non ?

L’enfant avait dessiné un père gigantesque, dont la silhouette occupait toute la hauteur de la page, alors que la mère lui arrivait à peine au plexus.
 Pour moi, c’est clair, soupira la psy. Cet enfant marque une tendance à la sublimation de l’image du père, tendance subconsciemment contrecarrée par une minimisation anormale de l’image et donc du rôle de la mère dans le contexte familial. Je ne vois malheureusement pas d’autre explication.
 Moi, j’en vois une, dit Betty. Mon mari mesure un mètre quatre-vingt-treize et moi un mètre quarante-sept.

Fransè de souche

 


 

 

 


ZNetwork is funded solely through the generosity of its readers.

Donate
Donate
Leave A Reply

Subscribe

All the latest from Z, directly to your inbox.

Institute for Social and Cultural Communications, Inc. is a 501(c)3 non-profit.

Our EIN# is #22-2959506. Your donation is tax-deductible to the extent allowable by law.

We do not accept funding from advertising or corporate sponsors.  We rely on donors like you to do our work.

ZNetwork: Left News, Analysis, Vision & Strategy

THE WIND CRIES FREEDOM

The Wind Cries Freedom, the new book from Z co-founder Michael Albert, is a sweeping oral history of a future American revolution.

Through thirty interconnected chapters, it draws out the strategies, failures, turning points, and hard-won wisdom of a movement that called itself the Revolutionary Participatory Society. These are not the polished memoirs of politicians: they are the unfiltered accounts of people who organized in neighborhoods, hospitals, universities, stadiums, courthouses, and places of worship, and kept a shared vision alive through cynicism and exhaustion.

The result is speculative political fiction that reads like history: messy, human, and quietly hopeful in the way that only real experience and long thought can produce.

Get your copy and peruse more features on the book’s website below.

“Read it, argue with it, but don’t look away. The future it recalls is one we must still fight to deserve.”

Yanis Varoufakis

“The most unusual and intriguing combination of prophecy, manifesto, and movement building manual that I have ever encountered.”

Bill Fletcher Junior

“This work fills a huge gap in our social movement literature.”

Cynthia Peters

Subscribe

All the latest from Z, directly to your inbox.

This is your article this month.

We’re glad you keep coming back. If Z’s work has informed, challenged, or inspired you, that’s no accident: there are no paywalls, no ads, and no billionaire owners here, and there never will be. Independent media survives because readers choose to support it.

Billionaires fund their own media. We fund ours. Help us reach 1,000 sustaining donors:

Number of donors694
Our goal1,000

Sustainers at $9/month or more receive the digital Z Magazine.

Already a sustainer? Click here and we won’t ask again. Thank you!

Your reading count is stored only in your browser and is never sent to us.

Sound is muted by default.  Tap 🔊 for the full experience

CRITICAL ACTION

Critical Action is a longtime friend of Z and a music and storytelling project grounded in liberation, solidarity, and resistance to authoritarian power. Through music, narrative, and multimedia, the project engages the same political realities and movement traditions that guide and motivate Z’s work.

If this project resonates with you, you can learn more about it and find ways to support the work using the link below.

Independent media is not disappearing because the ideas are weak.

It is disappearing because platforms reward speed, outrage, and algorithmic visibility over thoughtful analysis.

More than 100,000 people read Z every month, free of paywalls, ads, and billionaire owners. It takes fewer than 1 in 100 of them to fund all of it: 1,000 donors who keep Z independent, for everyone, and build what comes next.

Number of donors694
Our goal1,000

Sustainers at $9/month or more receive the digital Z Magazine.

Subscribe

Join the Z Community – receive event invites, announcements, a Weekly Digest, and opportunities to engage.

OUT NOW: "The Wind Cries Freedom" by Michael Albert

Exit mobile version